La Ruche n'est pas une
école. Une école est un établissement
fondé en vue de l'enseignement et n'ayant, à
proprement parler, pas d'autre but. Les professeurs y viennent pour
faire leurs cours et les élèves pour assister
à ceux-ci. Les professeurs ont pour mission d'enseigner ce
qu'ils savent et les élèves ont pour devoir d'y
apprendre ce qu'il leur est indispensable ou utile de ne pas ignorer.
Tel est, pratiquement, le but d'une école.
L'école est ouverte à tous les enfants du
même quartier, de la même commune ou de la
même région. Elle ne doit pas sans motif grave et
précis, fermer ses portes à personne.
Les écoliers restent dans leurs familles qui ont la charge
de
les loger, de les vêtir et de les alimenter, de les soigner
s'ils
sont malades, etc.
L'école qui se charge de coucher, de nourrir, de soigner
l'enfant, l'école qui pour tout dire en un mot, se substitue
dans une certaine mesure à la famille de l'enfant et lui en
tient lieu est un pensionnat.
Le pensionnat reçoit de la famille de l'enfant dont il
assure
l'instruction, l'éducation, le logement et l'alimentation,
une
pension représentant ces frais et ces services.
La Ruche n'est pas un pensionnat et nul enfant n'y est admis et ne s'y
trouve à titre "payant". Quelques parents pouvant,
grâce
à leur travail, envoyer spontanément, d'une
façon
régulière ou de temps à autre, quelque
argent
à La Ruche, se font un cas de conscience de n'y pas manquer.
Ces
parents ont raison et ils accomplissent volontairement un devoir. Leurs
versements rentrent dans la caisse de La Ruche ; leur enfant n'est ni
mieux soigné, ni plus aimé que les autres ; mais
ces
petites sommes ont pour objet de ne pas laisser l'enfant
entièrement à la charge de l'oeuvre et pour
résultat de diminuer mon effort personnel.
Enfin, La Ruche n'est pas un orphelinat. Nous n'avons que quelques
orphelins et encore le sont-ils devenus depuis qu'ils sont avec nous.
Pour être un orphelinat il faudrait que La Ruche
eût une
situation régulière, prévue et
réglementée par la loi ou par les statuts d'une
société régulièrement
constituée ;
ou bien il faudrait qu'elle eût des attaches avec
l'Assistance
Publique qui, moyennant rétribution, lui confierait - comme
elle
le fait pour d'autres oeuvres - les enfants qu'elle a recueillis et qui
continuent à lui appartenir.
La Ruche n'est donc ni une école, ni un pensionnat, ni un
orphelinat.
Sébastien
Faure
Propos
d'éducateur
(Modeste
traité
d'éducation physique, intellectuelle et morale)
in Écrits
pédagogiques, Paris,
Éditions du Monde
libertaire, 1992, p. 123, 130 et 131.