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De la différence et du semblable


"Quand on veut étudier les hommes, il faut regarder près de soi ; mais, pour étudier l'homme, il faut apprendre à porter sa vue au loin ; il faut d'abord observer les différences, pour découvrir les propriétés."

Jean-Jacques ROUSSEAU
Essai sur l'origine des langues
chapitre VIII






Vivre l’Autre…

Des régions, des pays et des langues, des peuples, des religions et des cultures, la mosaïque du monde est vaste, profuse, foisonnante de différences et d’originalités que d’aucuns ici ou là voudraient réduire pour d’obscures raisons qui s’ancrent dans un inconscient inexploré et qui visiblement les dépassent eux-mêmes.

Ces différences sont et par la même demandent à être. Il ne s’agit même pas de les accepter mais de les vivre, de leur donner à être en les regardant, en les comprenant, en les associant à notre propre vie. Non pas en les intégrant à un système de valeurs préétabli, le nôtre ou celui dont nous procédons, c’est-à-dire celui d’un groupe humain plus ou moins vaste auquel nous nous identifions pour des raisons ancestrales, "culturelles ", un système qui serait le meilleur parce que nous l’aurions initié, parce que nous l’aurions imposé à une place de choix dans les hiérarchies immémoriales que l’humanité a créées, sur lesquelles elle perdure dans l’océan de conflits et de destructions qui en résultent, que nul n’ignore et dans lequel nous pourrions un jour prochain tous sombrer.

Il y a bien sûr l’exercice du pouvoir, les souverainetés, les monstrueuses inégalités, les crises et les guerres qui souvent ressaisissent les différences ethniques, culturelles, religieuses pour en faire des arguments justifiant l’agression et l’anéantissement de l’Autre.

Or l’enfant, avant d’être absorbé dans le conditionnement qu’on lui impose selon son lieu de naissance, perçoit et exprime ce qui est l’essence même de toute humanité, qui transcende et unit toutes les différences. Et ceci peut se lire dans son regard, se lit dans le regard de tout enfant qui découvre le monde.

Pourquoi l’adulte y est-il devenu insensible et s’empresse-t-il de faire l’enfant à son image, avec le résultat que l’on sait ? C’est la question urgente, impérieuse que nous devrions nous poser.

La différence n’est-elle pas dans le semblable, dans ce qui fait que nous avons tous besoin d’exister puisque nous sommes en vie et que depuis les origines, en dépit des vicissitudes de l’histoire et des horreurs récursives que nous ne parvenons à contenir, nous considérons que le droit à la Vie et au respect de la personne doit s’appliquer à tout être humain ?

Être soi, ce n’est pas simplement accepter l’autre, car l’acceptation procède toujours d’une insoutenable position hiérarchique, de qui consent à reconnaître l’autre, de qui concède en puissance un droit à l’existence.

 Être Soi c’est aussi vivre l’Autre dans son altérité.

Cet Autre qui est aussi ce que je suis.

Lionel Cayet




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