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Vivre
l’Autre…
Des
régions, des pays et des langues, des peuples, des religions
et des cultures,
la
mosaïque du monde
est vaste,
profuse, foisonnante de différences et
d’originalités
que d’aucuns ici ou là voudraient
réduire pour
d’obscures raisons qui s’ancrent dans un
inconscient inexploré
et qui visiblement les dépassent eux-mêmes.
Ces
différences sont et par la même demandent
à être.
Il ne s’agit même pas de les accepter mais de les
vivre, de
leur donner à être en les regardant, en les
comprenant,
en les associant à notre propre vie. Non pas en les
intégrant
à un système de valeurs
préétabli, le
nôtre ou celui dont nous procédons,
c’est-à-dire
celui d’un groupe humain plus ou moins vaste auquel nous nous
identifions pour des raisons ancestrales, "culturelles ",
un système qui serait le meilleur parce que nous
l’aurions
initié, parce que nous l’aurions imposé
à une
place de choix dans les hiérarchies immémoriales
que
l’humanité a créées, sur
lesquelles elle
perdure dans l’océan de conflits et de
destructions qui en
résultent, que nul n’ignore et dans lequel nous
pourrions un
jour prochain tous sombrer.
Il
y a bien sûr l’exercice du pouvoir, les
souverainetés,
les monstrueuses inégalités, les crises et les
guerres
qui souvent ressaisissent les différences ethniques,
culturelles, religieuses pour en faire des arguments justifiant
l’agression et l’anéantissement de
l’Autre.
Or
l’enfant, avant d’être absorbé
dans le
conditionnement qu’on lui impose selon son lieu de naissance,
perçoit et exprime ce qui est l’essence
même de toute
humanité, qui transcende et unit toutes les
différences.
Et ceci peut se lire dans son regard, se lit dans le regard de tout
enfant qui découvre le monde.
Pourquoi
l’adulte y est-il devenu insensible et
s’empresse-t-il de faire
l’enfant à son image, avec le résultat
que l’on
sait ? C’est la question urgente,
impérieuse que nous
devrions nous poser.
La
différence n’est-elle pas dans le semblable, dans
ce qui
fait que nous avons tous besoin d’exister puisque nous sommes
en
vie et que depuis les origines, en dépit des vicissitudes de
l’histoire et des horreurs récursives que nous ne
parvenons
à contenir, nous considérons que le droit
à la
Vie et au respect de la personne doit s’appliquer
à tout
être humain ?
Être
soi, ce n’est pas simplement accepter l’autre, car
l’acceptation
procède toujours d’une insoutenable position
hiérarchique,
de qui consent à reconnaître l’autre, de
qui concède
en puissance un droit à l’existence.
Être
Soi c’est aussi vivre l’Autre dans son
altérité.
Cet
Autre qui est aussi ce que je suis.
Lionel
Cayet
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