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Le texte suivant est
extrait d'une brochure parue en janvier 2005 : "Dans le ventre de
l'ogre" (Collectif Alertez les bébés)
Gestion
des risques et développement durable
Tiré
du domaine de la santé
publique (« population à risque »,
«conduite à risque », etc.), le terme de
«risque » sert aujourd’hui à
caractériser une situation générale
face à
laquelle le pouvoir reconnaît que les évolutions
économiques, écologiques,
financières, sociales sont porteuses de
déstabilisations, de déséquilibres
assez forts pour entraîner des réactions ou des
catastrophes, et il incite donc
à prendre en compte ces risques, les prévoir et
les accepter (ou les
sanctionner) sans lutter contre leurs causes ou le système
qui les engendre :
c’est ce que l’on appelle la «gestion du
risque ».
On
sait, par exemple, que
l’industrie nucléaire produit des pollutions
(généralement invisibles, donc –
pas vu-pas pris ! —, on fait comme si elles
n’existaient pas !), qu’elle
produit aussi parfois des désastres, mais plutôt
que de mettre fin à son
exploitation, on explique que c’est la rançon du
progrès, qu’on n’y peut rien
et qu’il va falloir s’habituer à vivre
avec les nuisances et, parfois, les
tragédies qu’elle engendre (voir le sort des
populations irradiées du Bélarus à
la suite de l’explosion de Tchernobyl). La gestion des
risques industriels,
sociaux et autres est même aujourd’hui devenue une
science, avec ses théoriciens,
ses consultants et ses gourous…
Dans
le domaine scolaire, on
peut noter la
décision d’intégrer à
plusieurs disciplines du collège et du lycée,
depuis la
rentrée 2004, une matière intitulée
«Éducation à l’environnement
et au
développement durable » (EEDD), qui semble
à première vue bien
éloignée de
notre propos. Et pourtant, si l’on excepte le fait que plus
personne ne
s’étonne aujourd’hui de voir
utilisé le terme «environnement » pour
désigner un
ensemble vivant existant indépendamment de l’homme
(et parfois même malgré lui
!), on doit souligner dans l’adoption du
«développement durable » le produit
d’un lent travail citoyenniste au service de la
«destruction durable », une
façon de s’accommoder du désastre et
des risques, justement.
D’ailleurs,
le
succès du concept de «développement
durable » ne revient-il pas à la Commission
mondiale sur l’environnement et le développement,
à travers son rapport
commandité par l’ONU et rendu public en 1987, le
rapport Brundtland . On y
apprend comment poursuivre la folle course mondiale à
l’exploitation en
s’assurant que cela pourra durer jusqu’à
la nuit des temps…
En
reprenant ce
concept sans en discuter les termes, le corps enseignant
n’est pas sensé faire
oeuvre d’intelligence vis-à-vis des enfants en
leur enseignant le pourquoi de
la dévastation du monde et à quels
intérêts elle répond, mais à
leur expliquer
au contraire que cette «planète bleue »
est la leur et que toutes les poubelles
que nous y laissons sont aussi les leurs, parfois pour des
millénaires, et qu’il
est de leur devoir civique, de leur responsabilité morale
d’assumer
individuellement cette tragédie et de participer
à sa gestion sans poser de
questions. Un bon moyen d’insuffler la peur et la
culpabilité !