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A l'initiative de Traverses Vives 



Traverses Vives est une tentative, un essai, une bouteille à la mer ou plutôt à l'océan d'indifférence, de scepticisme, défaitisme, méfiance, résignation, peur et soumission dans lequel les  individus survivent tant bien que mal, s'appuyant parfois sur un idéal, une cause dont ils espèrent voir un jour l'aboutissement. 

Traverses Vives n'est pas un idéal. Le refus de l'autorité, des pouvoirs, des religions, de tout ce qui contraint et formate l'individu est bien sûr un évident préalable pour cette recherche éducative. Mais il n'est pas suffisant et ne constitue pas un projet. Ainsi Traverses Vives  ne s'apparentera jamais à un mouvement politique, quel qu'il soit. Car, au delà des présupposés et des attendus, ce qui compte en terme d'éducation, c'est d'abord l'enfant, ce formidable potentiel constamment malmené, comme le souligne Octave Mirbeau, par ces trois institutions fondatrices de l'aliénation ordinaire : la famille, la religion et l'école. Et il ne suffit pas d'affirmer un idéal vertueux pour  réduire le pouvoir de nuisance de ces institutions sur l'enfant.

Alors convient il de commencer par le commencement. S'il ne paraît plus guère possible (voir !) d'ouvrir une école comme La Ruche de Sébastien Faure ou l'Ecole Moderne de Francisco Ferrer, on peut toutefois s'inspirer de leur démarche, se ressourcer à l'opiniâtreté de Paul Robin, de Célestin Freinet et de tous ces pédagogues que les systèmes étatiques préfèrent ignorer.
Et pour faire quoi au juste ?
Insuffler peut-être un esprit différent dans la relation qui s'instaure entre les enfants de toutes origines dans ce monde ignoblement hiérarchisé entre dominants et dominés.
Et comment ?
C'est toute la question. La pédagogie passe aussi par la création d'outils qui peuvent à la fois servir les apprentissages, la sensibilisation et la conscientisation. Le champ est vaste et il est ouvert.
Et de qui peut donc émaner ce type de proposition ?
Ici quelques indications biographiques s'imposent.

Né en 1946 dans une famille d'ouvriers du Nord de la France, j'ai pu me déclasser (relativement) « par le haut » en subissant pendant 5 années les « Écoles Normales » de l'État, ce qui m'a permis de devenir prof de français. Sur 37 ans d'exercice dans l'institution Éducation Nationale, et très vite spécialisé en FLE (français langue étrangère), j'en ai vécu 22 avec des élèves « étrangers non-francophones » dans les classes dites d'accueil, en collèges à Paris. Ces élèves très motivés étaient sympathiques et attachants, l'administration beaucoup moins…

Étant désormais à la retraite j'ai d'abord réalisé un CD-ROM* qui rassemble dessins, images et voix de ces enfants. En découvrant l'œuvre de Sébastien Faure, Francisco Ferrer et Paul Robin, j'ai compris que j'avais été sans le savoir un enseignant libertaire dans un contexte où tout s'y opposait.
Aujourd'hui, enfin libre, à tout le moins de mon temps, j'essaie de creuser, d'aller plus avant, à partir de ce que j'ai vécu au contact de ces jeunes mais aussi d'aller au-delà.

Montrer aux enfants qu'aucune forme de culture n'est supérieure à une autre, en rechercher les moyens, relier les apprentissages à celui de l'autonomie et de l'entraide, aller ainsi à l'encontre de ce qui se fait aujourd'hui à peu près partout dans le monde en éducation : formatage à la soumission, à l'acceptation résignée de l'autorité génératrice du désordre établi et du désastre en cours, telles peuvent être les lignes de force du projet que je porte. Il est en effet
urgent de penser les bases d'une Éducation transculturelle et libertaire qui donne à tous les jeunes le sens d'une commune appartenance à ce qui fait que partout dans le monde l'individu est d'abord et avant tout un être humain, un fait qui est à la racine de toute identité.**

Si « ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent », comme disait le vieil Hugo, ce sont aussi, à mon sens, ceux qui osent.
Quel risque y-a-t-il dans un univers de non vie, dans le cercle infernal d'autodestruction qui nous capte dès le plus jeune âge, à tenter ce qui n'a jamais été essayé ?
Oser l'espoir, oser l'utopie. Oser vivre, faire vivre... et grandir en liberté !

Ainsi, à travers les pages de ce site comme à travers celles du CD-Rom Vivre l'Autre  je m'efforce de manifester ce qui me semble possible, ce vers quoi je souhaiterais aller. Avec celles et ceux, s'il en est, de tous âges, toutes origines,  toutes formations (ou sans formation),  qui seront sensibles à  cette démarche et souhaiteront s'y associer.

Traverses Vives Institut d'Éducation Alternative
, cette micro-association, peut s'ouvrir à vous, à quiconque est au fait du tragique enlisement que subissent les jeunes et qui ne souhaite pas en être le spectateur passif et désabusé.


Lionel Cayet

*   Vivre l'Autre  Pour une pédagogie de l'hospitalité : CD-ROM, Traverses vives, 2007.
** Sur cette question de l'identité et des identifications qui donne lieu à toutes les dérives, cf  "Sur l'arête des cultures" (in Vivre l'Autre). Cette expression rimbaldienne semble particulièrement en phase avec ce que nous vivons, sans pour autant renvoyer à la théorie guerrière du "choc des cultures". "Sur l'arête des cultures" manifeste plutôt que la situation requiert beaucoup de vigilance et de créativité.











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