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Traverses Vives







Un sentiment d'urgence

Une initiative qui procède d'un sentiment d'urgence  au regard du désastreux état sanitaire de l'éducation et de ses conséquences sur le fonctionnement et l'évolution des sociétés. On peut récuser ce constat, le minimiser, le relativiser, soupçonner son auteur d'exagération, de stériles divagations. Les faits sont là et ils sont saillants.

Lorsqu'une banlieue s'enflamme comme en France en 2005, des écoles sont incendiées. La puissance symbolique de ce type de méfait devrait nous faire réfléchir. Le déferlement d'informations calamiteuses dont les journaux télévisés abreuvent le public permet toutefois d'éluder et de passer rapidement à autre chose.
D'aucuns peuvent d'ailleurs considérer qu'après tout ce n'est pas bien grave : une école, une bibliothèque ou un garage qui brûlent du fait d'un incendie criminel, c'est du vandalisme ; cela revient au même et relève banalement des assurances.
Ce qui est étonnant, stupéfiant, c'est cette banalisation de l'insoutenable. Qu'un lieu où de jeunes esprits sont amenés à se former, se préparer à la vie, acquérir des connaissances et en principe un sens de liberté puisse partir en flammes du fait de jeunes qui l'ont peut-être eux-mêmes fréquenté, qui ont pu en bénéficier, devrait provoquer un électrochoc dans la population, la conduire à un questionnement, à de profondes remises en cause. Or il n'en est rien et ces événements passent aux pertes et profits d'une société qui à bien des égards cultive le gâchis et le cynisme réducteur.

Qui s'interroge sur la montée de la violence et du désespoir jusque dans l'enceinte des lieux d'éducation ? Ce dont témoignent quelques "faits divers" du désastre éducationnel. En France un instituteur tente de se suicider dans son école peu avant une inspection, un collégien prémédite une tuerie et passe à l'acte dans son collège, à l'instar de ce qui s'est déjà produit dans plusieurs pays : Allemagne, Etats-Unis, Finlande...*

En regard : passéisme, diminution de l'encadrement éducatif, retour aux soi-disant fondamentaux d'un apprentissage mécaniste des savoirs, multiplication des évaluations et ce dès le plus jeune âge, pour mieux "harmoniser" la compétition, mieux conditionner au "struggle for life" auquel les jeunes devront s'adapter pour survivre dans l'implacable jungle de pouvoir, d'exploitation, de dominations en tous genres qu'est la société néolibérale camouflée dans de pitoyables oripeaux démocratiques qui claquent au vent de la misère et du désespoir. 

Une initiative libertaire et transculturelle

N'est-ce pas ce qu'il convient d'opposer à cette entreprise de délabrement éducatif sciemment orchestrée ? Prendre en compte la mixité des origines, sensibiliser à la diversité des cultures : tous les jeunes y seront sensibles.

Une Éducation transculturelle, c'est tout simplement une
Éducation qui traverse une pluralité de cultures et qui est commune à toutes ; elle ne s'inscrit pas nécessairement dans un culte de la différence mais elle peut être une approche communicative de la différence, sans hiérarchie, sans dominance, sans compétition... 

Autrement dit une approche libertaire s'inspirant, au delà du culte des icônes, de l'œuvre accomplie par Sébastien FAURE, Francisco FERRER, Paul ROBIN, qui fasse notamment comprendre aux enfants et à la jeunesse qu'aucune culture n'est et ne peut s'affirmer supérieure à une autre.

Irréaliste ?! Le ré
alisme serait-il d'accepter sans sourciller le délabrement éducationnel contemporain, pour peu que l'individu lambda puisse espérer pour sa propre progéniture une position confortable et dominante ? Ce qui semble d'ailleurs de moins en moins assuré au plus grand nombre et même à ceux qui, plutôt privilégiés, n'avaient jusqu'alors guère à s'en soucier...

Au bout du compte, espérer encore préserver les conditions d'une aliénation "soft", la perspective d'une "bonne place", et ne rien faire ou vouloir
une Autre Vie ?...



* Depuis que ces lignes ont été écrites, bien d'autres cas de "violence scolaire" se sont produits : intrusions dans des lycées, agressions à l'arme blanche à l'intérieur ou à l'extérieur des établissements d'enseignement, suivies parfois de mort, immolations d'élèves à Marseille, à Bordeaux, d'une enseignante à Béziers... Les médias s'en font assez régulièrement l'écho ; des personnalités politiques se rendent sur place, annoncent des mesures comme la mise en oeuvre de portiques détecteurs de métaux, de caméras de vidéosurveillance - on parle même d'états généraux de la sécurité à l'école - les enseignants soutenus par leurs élèves font valoir ici ou là leur droit de retrait, réclamant davantage de surveillants, ce qui en l'état actuel des choses est bien sûr une nécessité... Lorsqu'il s'agit de suicides, d'immolations, on met en place une "cellule de soutien psychologique".
Et tout ceci sans que jamais personne ne s'interroge 
sur les causes profondes de cette montée de la violence en milieu scolaire, sauf pour éluder rapidement la question ou formuler de rassurantes tautologies du genre : si l'école est de plus en plus violente, c'est que la société l'est aussi.  Et les braves citoyens peuvent continuer à dormir sur leurs deux oreilles ! L'État s'en occupe...



Réagir, questionner, aller plus loin... 





              
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