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Traverses Vives
               
Après l’épuisement naturel du mythologique an 2000, en ce début de 21e siècle, à l’aube d’un nouveau millénaire de prétendue "civilisation", le cours du temps et les avancées technologiques qui continuent de fasciner le plus grand nombre ne parviennent cependant plus à masquer les fissures du vaisseau global dans lequel l’humanité tout entière s’est bon an mal an embarquée.


Ce vaisseau - les plus avertis, les plus sensibles, le perçoivent déjà depuis fort longtemps - est à la dérive ; une dérive que les activités débridées des possédants qui sans cesse veulent posséder davantage, des hommes de pouvoir qui n’en ont jamais assez, d’une humanité en croissance continue, taraudée par la compétition, empêtrée dans ses contradictions et ses conflits idéologiques, économiques, religieux, culturels,  ne font qu’accentuer chaque jour. Discours, apologétiques de toutes obédiences, projets, réformes et contre-réformes n’y changeront rien.

A l’heure où menace le "réchauffement climatique" consécutif à une boulimie énergétique séculaire qui semble impossible à contenir, les individus conscients et lucides sont en droit de s’interroger. Une crise sociale mondialisée, la crise écologique, l’extinction désormais quasi prévisible des espèces et en fin de partie de l’espèce humaine elle-même sont-elles les seules perspectives que nous pouvons promettre aux "générations futures", à ceux que nous disons aimer et chérir : "nos enfants" ? Et n’aurions-nous désormais pour seul horizon que l’emprise démocratiquement admise d’une économie triomphaliste, ravageuse de l’environnement, destructrice du lien social... ?

Mais il n’est toujours pas dit que thanatos triomphera. Des forces de vie sont toujours à l’œuvre dans ce monde malmené. Au-delà de la manipulation médiatique des masses vivant dans l’abrutissement de la consommation, la passivité et la soumission, le potentiel de refus et d’innovation est toujours vif chez tous ceux qui n’acceptent pas ce morbide processus d’autodestruction collective inconsciemment programmé.

Plus que jamais les chemins de la Vie sont des chemins de traverse. La question n’est plus de savoir s’il convient de se conformer et de courber la tête en un réflexe millénaire de peur génétiquement intégrée. Lorsque le navire s’apprête à sombrer, suivre les rats n’est plus d’aucun secours.

Déserter les voies du désastre communément inculquées, tracer les chemins de traverse qui nous ramènent à notre humanité essentielle, celle dont nous n’avons encore qu’une vague conscience, c’est la tâche à laquelle doivent s’atteler d’urgence ceux qui aiment la Vie, le Monde, la Nature et qui connaissent le précieux bonheur de se sentir humains en relation à toute l’humanité. Ceux-là sauront intuitivement lever les entraves d’une conscience aliénée, baliser le présent de traverses vives.

Lionel Cayet

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