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Qu’est-ce pour nous, mon cœur...

 
Qu’est-ce pour nous, mon cœur, que les nappes de sang

Et de braise, et mille meurtres, et les longs cris

De rage, sanglots de tout enfer renversant

Tout ordre ; et l’Aquilon encor sur les débris 
 

Et toute vengeance ? Rien !... – Mais si, tout encor,

Nous la voulons ! Industriels, princes, sénats,

Périssez ! Puissance, justice, histoire, à bas !
ça nous est dû. Le sang ! Le sang ! La flamme d’or !

 

Tout à la guerre, à la vengeance, à la terreur,

Mon Esprit ! Tournons dans la Morsure : Ah ! Passez,

Républiques de ce monde ! Des empereurs,

Des régiments, des colons, des peuples, assez !

 

Qui remuerait les tourbillons de feu furieux,

Que nous et ceux que nous nous imaginons frères ?

A nous ! Romanesques amis : ça va nous plaire.

Jamais nous ne travaillerons, ô flots de feux !

 

Europe, Asie, Amérique, disparaissez.

Notre marche vengeresse a tout occupé,

Cités et campagnes ! – Nous serons écrasés !

Les volcans sauteront ! Et l’océan frappé...

 

Oh ! Mes amis ! – Mon cœur, c’est sûr, ils sont des frères :

Noirs inconnus, si nous allions ! Allons ! Allons !

O malheur ! Je me sens frémir, la vieille terre,

Sur moi de plus en plus à vous ! La terre fond,

 

Ce n’est rien ! J’y suis ! J’y suis toujours.
 

Arthur Rimbaud (1854 – 1891)

Démocratie



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